L’éco-anxiété c’est quoi ? Et comment vivre avec ?

C’est un terme inventé et théorisé par la chercheure en santé publique belgo-canadienne Véronique Lapaige en 1997. Il s’agit pour elle de l’expérience d’un stress pré-traumatique. Un stress par anticipation devant la menace climatique.
L’éco-anxiété est une réaction normale qui s’est répandue ces dernières années face au changement climatique et à l’effondrement écologique essentiellement. C’est la conscience lucide des problématiques écologiques qui induisent la destruction de la nature en général (bio-diversité, ressources, sols, forêts et océans). Si elle est normale au regard des enjeux actuels, elle peut devenir pathologique quand elle perdure et s’intensifie. Car elle peut paralyser, ou dégrader la relation aux autres. Elle peut être un handicap dans la vie de tous les jours, pour travailler et pour être en relation.
« Ce n'est pas un signe de bonne santé mentale d'être bien adapté à une société malade. » - Jiddu Krishnamurti -
Les émotions concernées : la frustration, la colère, l'impuissance, le sentiment d’isolement (d’être le « seul » à savoir) et la culpabilité. Elles amènent à une crise de sens (refus de faire des enfants, des idées de mort et de fin du monde).
4 types de symptômes
Symptômes affectifs : sentiments de peur, d'inquiétude ou de tension.
Symptômes cognitifs : ruminations et pensées intrusives répétitives.
Symptômes comportementaux : troubles du sommeil, difficultés à travailler, isolement.
Symptômes conatifs : anxiété liée au sentiment de ne pas en faire assez (selon le chercheur Eric Sutter).
On peut rajouter des symptômes physiques par somatisation : troubles digestifs, maux de têtes…
Ce trouble concernait surtout les personnes qui ont une conscience et une sensibilité accrue face à ces enjeux. Lorsque l’on n’avait que les annonces de scientifiques, un nombre limitées de personnes averties, qui s’intéressait à cette actualité écologique le développaient. Mais depuis que les catastrophes naturelles se multiplient (inondations, feux de forêt, tornades ou canicules), les gens font l’expérience dans leur vie du dérèglement climatique : perte de leur habitation, de leur outil de travail, manque d’eau, décès, confinements et souffrances dus à l’excès de chaleur, animaux qui meurent… En plus des conséquences du libéralisme économique qui les menacent également : maladies dues à la pollution des sols, de l’air et de l’eau, par extension de l’alimentation (cancer, maladies hormonales, inflammatoires, baisse de la fertilité…), et la surconsommation qui épuisent les ressources et laisse des déchets infinis (terres rares, plastiques, fast-fashion…). Toutes ces calamités sont désormais vécues, tout au long de l’année, par les gens de manière concrète. C’est pourquoi de plus en plus de personne élargissent leur conscience sur le péril écologique, et sont susceptibles de développer de l’éco-anxiété.
Qui sont les plus impacté ?
- Les enfants, les adolescent·e·s et les jeunes adultes : selon une étude 59% d’entre eux se disent eco- anxieux.
- Les travailleur·euse·s des milieux des organisations non gouvernementales (ONG), de la recherche et de l’éducation relative à l’environnement
- Les individus ayant déjà expérimenté les effets des changements climatiques, ainsi que ceux dans l’attente imminente des transformations environnementales
Ce qui est certain, c’est que personne ne peut régler ces problèmes environnementaux à lui tout seul. Une des principales solutions pour sortir de l’éco-anxiété, c‘est le mouvement. La médecine traditionnelle chinoise, basée sur le taoïsme, part de ce principe : la stagnation c’est la mort, le mouvement c’est la vie. De l’eau qui stagne pourrie, de l’eau qui courre est claire et pure. Quand on est bloqué, il faut faire circuler l’énergie pour retrouver un équilibre. Ça peut aller de, mettre en place des gestes simples (tri, partages d’information, agir dans une association), à des gestes plus impliquant comme changer ses mode de fonctionnement, militer ou même désobéir. Ce qui compte c’est de se mettre en action. C'est bouger, remettre du mouvement. L’énergie circulera de nouveau et le mouvement vous soulagera, vous permettra de supporter votre éco-anxiété et de vivre avec.

Car vouloir en sortir, alors qu’elle vous ancre dans la réalité, c’est opter pour le déni ou le refoulement qui sont eux aussi pathologique et délétère (somatisation, perte de la réalité…). Il est également important de se mettre en lien avec les autres pour sortir de l’isolement (ce qui est également un mouvement), pour ne pas rester seul et comprendre que d’autres personnes ressentent la même chose, et que c’est normal !
Les autres réactions possibles face à l’effondrement écologique
L’activisme ou l’éco-colère« J’agis pour changer la trajectoire et éviter le pire »
L’ingénierie« Je n’ai pas peur car il y a des solutions que l’homme trouvera »
L’évitement, l’indifférence
La dénégation voire le déni « Cela n’existe pas ou Cela existe mais ce n’est pas nous »
Quand l'anxiété devient trop lourde, qu'elle crée chez vous une détresse psychologique et que vous n’arrivez pas à vous sortir de cette situation accablante, faites-vous aider par un professionnel de la santé mentale. Il est essentiel de ne pas rester seul, et de ne pas la laisser s'installer de cette manière. L’approche de la médecine chinoise peut également être un soutien de valeur : elle reconnecte au corps (à la nature), elle débloque l’énergie coincée, et aide à retrouver un équilibre émotionnel. Ensuite vous pourrez vous engagez dans une action à votre mesure.
« Comment osez-vous ? Vous avez volé mes rêves et mon enfance avec vos paroles creuses. Les gens souffrent, les gens meurent. Des écosystèmes entiers s’effondrent, nous sommes au début d’une extinction de masse et tout ce dont vous pouvez parler, c’est de l’argent et du conte de fée d’une croissance économique éternelle. Comment osez-vous ? Depuis plus de quarante ans, la science est claire comme du cristal. Comment osez-vous regarder ailleurs et venir ici en prétendant que vous en faites assez ? (...) Vous dites que vous nous entendez et que vous comprenez l’urgence mais je ne veux pas le croire. »
»Vous nous avez laissés tomber. Mais les jeunes commencent à comprendre votre trahison. Si vous décidez de nous laisser tomber, je vous le dis : nous ne vous pardonnerons jamais. Nous ne vous laisserons pas vous en sortir comme ça. »
- Greta THUNBERG -
En 2023, Pierre-Éric Sutter publie la première étude scientifique d'envergure nationale en France pour mesurer l'éco-anxiété via la validation de l'échelle psychométrique HEAS-FR
(version française de l’échelle de Hogg)
Toutes les classes d’âge avec prévalence des femmes (75%)
Les diplômés et CSP+
Les secteurs de la santé, l’action sociale, l’éducation et l’environnement
les citadins
2,5 millions de personnes éco-anxieuses en France
Les étapes du deuil environnemental
Déni «Ce n’est pas possible, ils (le GIEC) ont dû se tromper.»
Colère «Pourquoi moi et pas un autre ? Ce n’est pas juste !» ou « Au GIEC? C’est tous des connards, ils prennent l’avion ! »
Marchandage «Je ferai ce que vous voudrez, faites-moi vivre quelques années de plus» ou «Je vais trier mes déchets, acheter une Tesla», «la technologie va nous sauver», «ça va pas être simples mais on va faire de la croissance verte / du développement durable»
Dépression «C’est foutu, à quoi bon ?»
Acceptation «Maintenant, je suis prêt, j’attends mon dernier souffle avec sérénité. » ou « Je passe à l’action pour éviter le pire à mes enfants»

Et vous ? Dites-moi comment vivez-vous le changement climatique ?




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